J.A.C.K., un sanctuaire pour chimpanzés

Les forêts de la République Démocratique du Congo subissent une persistante hémorragie. Étant dotées d’une des biodiversités les plus riches au monde, sa faune et sa flore se réduisent comme une peau de chagrin au profit de braconniers ou de chasseurs d’essences rares à la solde de collectionneurs et de marchands peu scrupuleux. Les Grands Singes font partie de ces espèces très prisées et sont voués à disparaitre si rien n’est fait ! Le sanctuaire J.A.C.K. se bat au quotidien pour les protéger.

@ J.A.C.K.

Une faible lueur d’espoir

Jeunes Animaux Confisqués au Katanga (J.A.C.K.) est une asbl congolaise créée en 2006 dans la ville de Lubumbashi par Franck et Roxane Chantereau, un couple de passionnés de la nature. Une des missions de J.A.C.K. est d’aider les autorités de la place à renforcer les lois en les appliquant au travers de confiscations et d’offrir un centre d’accueil (le sanctuaire) en vue d’héberger ces créatures meurtries le temps de pouvoir leur trouver un endroit où les relâcher.

Cette action porte aujourd’hui ses fruits. En effet, 14 ans après sa création, J.A.C.K. peut dire que ses efforts ont considérablement stoppé le commerce illégal de chimpanzés à Lubumbashi puisque, depuis 2013, plus aucun chimpanzé n’a été vu en vente dans les rues de la ville et de ses alentours.  La population locale sait qu’il y existe un centre d’accueil pour ces orphelins et qu’il est interdit par la loi de les capturer, de les manger, de les détenir, de les vendre… Cette étape a pu se faire uniquement par le biais de la sensibilisation ; la Conservation d’une espèce ne se fait-elle pas essentiellement au travers de l’Éducation ? 

@ J.A.C.K.

Le chimpanzé, une espèce menacée

Le chimpanzé est une espèce en danger. Les populations sauvages ont terriblement été réduites au cours des trente dernières années à cause essentiellement de l’activité humaine.

En effet, la première cause de sa raréfaction est la déforestation. Devant la montée démographique, de plus en plus de terres sont défrichées pour l’agriculture, les pâturages, les plantations industrielles, l’extraction minière ou la construction de barrages et de routes. Les arbres sont coupés, pour fournir du bois précieux, de la pâte à papier ou simplement du combustible (charbon de bois), qui est une source d’énergie bon marché pour beaucoup de populations pauvres. On estime que l’Afrique occidentale et centrale a perdu plus de 80 % de sa forêt originelle. Les forêts des extrémités Est et Ouest du continent ne sont déjà presque plus que des souvenirs. Dans les années à venir, il ne restera qu’un seul bloc forestier important en Afrique tropicale : le bassin du fleuve Congo qui, fort malheureusement, commence également à être morcelé.

@ J.A.C.K.

A la déforestation s’ajoute le braconnage en vue de la capture de petits vivants, et pour la viande (« bushmeat ») vendue sur certains marchés. La viande de brousse fumée constitue une source de revenus parfois importante pour un grand nombre de chasseurs et elle est également un élément de survie essentielle en brousse.

Aussi, dans certaines zones, les chimpanzés peuvent également être tués et/ou consommés uniquement pour des raisons médicales pour fabriquer des remèdes traditionnels, voire pour des pratiques magiques.

Quant au commerce de chimpanzés comme animaux de compagnie, il est interdit dans tous les pays signataires de la CITES (convention sur le commerce international des espèces menacées). Toutefois, il continue de manière illégale. La capture d’un bébé chimpanzé implique la mort de sa mère, de même que celle d’autres membres de la communauté. Pour « arracher » un bébé chimpanzé à sa famille et donc à la forêt, il faut sacrifier en moyenne 10 adultes de son groupe. Une hécatombe à l’état pur au niveau de la population de chimpanzés sauvages.

Enfin, le chimpanzé succombe également aux maladies infectieuses qu’il peut contracter par les contacts de plus en plus fréquents avec les hommes et leurs déchets.  Parce que les chimpanzés et les humains sont très semblables, les singes peuvent contracter de nombreux pathogènes transportés par les humains ou qui affectent également les humains (par exemple, la tuberculose, la polio, la pneumonie, la typhoïde et la fièvre hémorragique Ebola). Vu la destruction de son habitat, le chimpanzé à la recherche de nourriture se rapproche de villages où il peut avoir des contacts humains et ainsi être contaminé (zoonoses). De même, en République Démocratique du Congo, de nombreuses populations cherchent refuge dans les forêts suite aux conflits armés. Ces incursions humaines dans des zones moins accessibles ou dans des zones de forêts modifiées peuvent aussi augmenter le risque de transmission de maladies des hommes vers les chimpanzés.

Premiers sauvetages en avril et mai 2006
@ J.A.C.K.

La République Démocratique du Congo héberge 3 des 4 espèces de Grands Singes de la planète : le gorille, le bonobo et le chimpanzé commun.  Depuis 1976 des lois existent pour protéger ces primates mais malheureusement très peu d’actions sont menées sur terrain pour conserver cette espèce tuée au quotidien. A ce jour, il est estimé que les forêts de la RDC compteraient encore 40% de la population totale des chimpanzés en Afrique. Toutefois, si rien n’est fait pour leur protection et leur conservation, ce primate disparaitra des forêts de ce continent dans les 20 prochaines années.

Ce déclin démographique des populations de chimpanzés sauvages est préoccupant car ce Grand Singe est incapable de recouvrer des effectifs normaux comme le font les autres espèces en peu d’années en raison du rythme des naissances. Chaque femelle donne naissance à un seul petit à la fois environ tous les cinq ans ; un rythme des naissances limité par l’infécondité des femelles pendant l’allaitement qui dure 3 à 4 ans.

Il est donc plus qu’urgent de renforcer les lois en matière faunique de la RDC avant que ses forêts ne se vident littéralement !

J.A.C.K., un projet de toute une vie

Lorsque le couple d’Européens s’est installé en République Démocratique du Congo en 1994, il a été très vite soucieux de voir le tragique sort de bébés chimpanzés arrachés à leurs familles, mis en vente pour une bouchée de pain dans les rues de Lubumbashi, voire trafiqués via la frontière zambienne. Constatant avec effroi que la ville de Lubumbashi était une plaque tournante du trafic des chimpanzés, Franck a mené pendant plus de 10 ans une étude non officielle plus qu’alarmante sur le commerce illégal de grands singes arrivant à Lubumbashi pour combler la demande d’animaux exotiques de compagnie ou transitant par la ville pour aller en Zambie, en Afrique du Sud ou ailleurs dans le cadre du commerce illégal d’espèces exotiques en voie d’extinction.

L’enquête non officielle menée par Franck a donné des résultats préoccupants. En effet, par mois, à l’époque, environ 3 chimpanzés passaient par Lubumbashi. Si l’on considère qu’une moyenne de 10 individus chimpanzés est massacrée pour n’en retirer qu’un seul de la forêt, environ 30 chimpanzés étaient alors tués par mois et plus de 400 par an rien que pour cet ignoble trafic au sud de la RDC… Sur une période de 14 ans, soit la période d’investigation de Franck, le trafic via Lubumbashi uniquement a représenté à lui seul l’extermination de plus de 5000 chimpanzés sauvages !

Connaissant ces horribles faits, Franck et Roxane ne pouvaient plus rester les spectateurs de cette tragédie. Ils devaient agir pour changer cette horreur et c’est la raison pour laquelle, ensemble, ils ont créé un centre d’accueil pour chimpanzés.

Tout a commencé en avril 2006 lorsque Franck et Roxane Chantereau ont croisé le regard d’un jeune chimpanzé mourant qui venait d’être confisqué et déposé au zoo de Lubumbashi par les autorités congolaises compétentes en matière de faune sauvage. Le jeune primate avait été vu en vente attaché à l’arrière d’une bicyclette en plein soleil et Franck avait fait appel aux responsables du Ministère de l’Environnement congolais pour sauver le bébé grand singe. A l’époque, Franck et Roxane n’auraient jamais imaginé que cette rencontre allait complètement changer leur vie et que ce jeune animal, qu’ils avaient appelé ‘JAK’, allait, en réalité, devenir le premier primate qu’ils n’aient jamais sauvé !

@ J.A.C.K.

‘JAK’ sauvé et bien soigné, très vite les autorités environnementales de Lubumbashi ont commencé à faire confiance en ce couple d’expatriés dont la famille de Roxane vit en République Démocratique du Congo depuis 1898. Cette confiance dans le travail exemplaire de Franck et de Roxane a eu pour conséquence l’arrivée d’autres orphelins chimpanzés confisqués dont certains étaient à l’article de la mort. Le jeune couple a toujours mis tous ses efforts et toute son affection pour la survie de chacune de ces petites créatures meurtries par l’homme et certains résultats étaient impressionnants. D’un chimpanzé alcoolique à un bébé mourant avec une balle dans le bras, en passant par un individu abusé sexuellement dans une maison close, les Chantereau sont toujours restés disponibles pour les aider à surmonter cette cruauté humaine et à regagner confiance en l’homme.

Pour mener ces actions de sauvetages et vu que J.A.C.K. n’a légalement pas le pouvoir de procéder aux confiscations des chimpanzés, le sanctuaire ne travaille pas seul. En effet, Jeunes Animaux Confisqués au Katanga accueille les chimpanzés saisis légalement par le Ministère de l’Environnement congolais et subvient à leurs besoins en tant que bon père de famille avec pour objectif de pouvoir les relâcher dans leur milieu naturel. Pour atteindre ce but,  l’asbl a un accord de partenariat avec l’ICCN (Institut Congolais pour la Conservation de la Nature) qui s’est engagé à trouver les terres pour le retour de ces orphelins dans leur forêt !

Mais cette lourde tâche ne se passe pas sans heurts et sans moments difficiles !  Au tout début de leur action, le 5 septembre 2006 et tout juste 5 mois après le sauvetage de ‘JAK’, Franck et Roxane ont traversé une terrible épreuve qui avait pour objectif d’arrêter leur action de sauvetages car il était évident que les Chantereau dérangeaient tout un groupe de trafiquants qui se sucraient au détriment de toutes ces vies innocentes. Une main criminelle a mis le feu dans l’enclos de nuit où 5 bébés chimpanzés dormaient et 2 d’entre eux y ont laissé la vie dont TOUZO et ‘JAK’, le petit chimpanzé par lequel tout a commencé !

Ce sabotage avait sans nul doute pour but de décourager et d’arrêter le jeune couple dans son élan de sauver ces chimpanzés orphelins.  Les coupables n’ont jamais été retrouvés… Cependant, une chose est claire : le départ de ces deux bébés chimpanzés a renforcé la détermination de Franck et de Roxane de venir en aide à cette espèce et ce, en dépit de tous les sacrifices que ce projet comporte !

D’autres sabotages ont suivi et, 14 ans après, Franck et Roxane sont toujours là. Ensemble, ils gèrent le sanctuaire bénévolement en plus de leur activité professionnelle. J.A.C.K. héberge à ce jour 34 jeunes pensionnaires âgés entre 5 et 16 ans et les fondateurs travaillent sur leur retour en forêt.

J.A.C.K. a besoin de vous !

Le projet J.A.C.K. a déjà fait de sérieux bonds en avant au niveau de la conservation des Chimpanzés mais il ne pourra perpétuer son action que si vous vous êtes attentifs à votre environnement afin de protéger le patrimoine naturel de la RDC !

Equipe JACK
@ J.A.C.K.

E-mail: jacksanctuaire@gmail.com 

Blog Français: www.jackchimp.wordpress.com

Sites Web : www.lesamisdejack.org  / www.jacksanctuary.org

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